jeudi 22 juin 2006
Le capitalisme français : entre carences de l’Etat et goinfreries patronales
Le moral de notre économie n’est pas au beau fixe. Loin s’en faut. Au désastre économique et social s’ajoutent une image détériorée au niveau international et une déroute morale.

« Patriotisme Ă©conomique » ou autisme Ă©conomique ? Il y avait eu la fumeuse rumeur d’OPA de Pepsi sur Danone l’étĂ© dernier, rĂ©vĂ©latrice de l’absence de stratĂ©gie industrielle du gouvernement Ă travers le navrant « patriotisme Ă©conomique » brandi par Villepin. Dans cette affaire, la France avait subir un sĂ©rieux revers de crĂ©dibilitĂ© sur la scène internationale, mais tout le monde n’y avait pas perdu, le cours de Danone avait fait un bond et permis Ă certains opĂ©rateurs de rĂ©aliser de juteuses et rapides plus-values. Puis le feuilleton Arcelor-Mittal et la fusion « dĂ©fensive » programmĂ©e d’Arcelor avec Severstal, aux mains d’un magnat russe sous contrĂ´le maffieux. Et la fusion GDF-Suez voulue par Villepin pour prĂ©server les intĂ©rĂŞts des actionnaires de Suez contre l’intĂ©rĂŞt national. Ensuite les privatisations : concessions autoroutières vendues Ă de grands groupes en dessous de leur valeur actualisĂ©e, EDF et GDF mis sur le marchĂ© pour faire payer aux seuls consommateurs le prix futur de l’énergie, les ADP pour en brader le patrimoine foncier. La politique industrielle de la France se rĂ©sume-t-elle Ă vendre la propriĂ©tĂ© collective des Français Ă de grands groupes financiers ? Consiste-t-elle Ă servir les seuls intĂ©rĂŞts des grands groupes français qui n’ont pas su prĂ©parer l’avenir ? L’Etat ne doit-il pas ĂŞtre un stratège dans un environnement mondialisĂ© toujours plus dĂ©licat Ă apprĂ©hender ? De ce point de vue, le passif laissĂ© par ce gouvernement sera lourd Ă combler. Notre candidat, une fois Ă©lu prĂ©sident, aura fort Ă faire.
PantagruĂ©lique. On savait que les rĂ©munĂ©rations des grands patrons dĂ©rapaient et s’écartaient des performances rĂ©elles des entreprises et du pouvoir d’achat moyen des salariĂ©s. Mais un degrĂ© a Ă©tĂ© franchi ces dernières semaines : de l’amoral, le curseur est passĂ© Ă l’obscène. FraĂ®chement dĂ©barquĂ© par son conseil d’administration, l’ex-patron de Vinci, Antoine Zacharias a amassĂ© une fortune de 250 millions d’euros (1,6 milliards de francs) en six ans dont 173 millions d’euros de stocks-options, 13 millions d’euros de « prime » de dĂ©part et une retraite annuelle de 2 millions d’euros. Des chiffres qui donnent le tournis. Et que rien ne justifie. Ni le mĂ©rite, ni les responsabilitĂ©s (en quoi celles-ci sont-elles supĂ©rieures Ă celles d’un chef de service d’hĂ´pital ? Jean-Marie Messier ou Michel Bon, qui ont coulĂ© leurs entreprises respectives, Vivendi et France Telecom, ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de gĂ©nĂ©reuses rĂ©munĂ©rations. En quoi ont-ils mĂ©ritĂ© ?). La semaine passĂ©e, on apprend que le coprĂ©sident d’EADS, NoĂ«l Forgeard, ami personnel de Jacques Chirac, a rĂ©alisĂ© plus de 2 millions d’euros de plus-values en exerçant des stocks-options d’actions EADS, peu avant la chute puis l’effondrement du titre due aux retards de sortie de l’A380. Comment croire une seconde que le coprĂ©sident d’EADS puisse ignorer ce que les cadres d’EADS savent depuis des mois ? Cela s’appelle un dĂ©lit d’initiĂ©. S’il Ă©tait avĂ©rĂ©, il faudra que le gouvernement en tire toutes les consĂ©quences.
Favoriser de nouvelles rĂ©gulations. Ces turpitudes dĂ©montrent l’insuffisance des règles actuelles de gouvernance des entreprises (comitĂ© de rĂ©munĂ©ration, publicitĂ© des avantages octroyĂ©s aux cadres dirigeants,…) mais aussi les limites du libĂ©ralisme financier Ă la française : pour se protĂ©ger, il s’abrite derrière le droit quand il le peut, utilise ses liens avec le politique comme il le veut, mais triche sans vergogne. C’est l’envers du dĂ©cor. Il n’est pas glorieux. Il exaspère les Français, dont il faut rappeler que le revenu mĂ©dian n’excède pas 1650 euros bruts par mois ; il ternit l’image de l’entreprise qui mĂ©rite mieux car c’est elle Ă travers ses salariĂ©s qui produit l’essentiel des richesses ; il souille l’image des petits patrons, entrepreneurs, artisans et commerçants qui, eux Ă la diffĂ©rence des grands patrons du CAC40, prennent des risques pour une rĂ©munĂ©ration qui, elle, n’est pas garantie ; pour finir, il flĂ©trit l’image de la France Ă l’étranger. Le retour de la confiance des citoyens dans l’économie, condition sine qua non de la reprise de la croissance, passe par une moralisation des pratiques dans l’entreprise. Dès lors, on ne peut qu’approuver la nouvelle conception de l’entreprise proposĂ©e par le projet socialiste (page 22, une nouvelle dĂ©mocratie sociale) : responsabilisation des dirigeants et rééquilibrage de la gouvernance d’entreprise en faveur des salariĂ©s et de l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral.
Par Section PS Metz-Nord | Actualité | 7 commentaires





























